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C’est toi qui choisis de partir…

Que l’expatriée / celui qui déménage loin de chez lui qui n’a pas entendu au moins une fois cette phrase se réjouisse… car c’est l’une des phrases qui fait le plus mal. Souvent, une de ces phrases prononcées pour te signifier que si tu galères, si tu es triste, si tu regrettes ce que tu laisses derrière toi, tu ne peux t’en prendre qu’a toi-même car tu as choisi de partir.

Je me rappelle particulièrement d’un moment, alors que je devais partir de Clermont-Ferrand un mois plus tôt que prévu à cause du master que je rejoignais (dont j’allais déjà rater un mois). Cela avait précipité mon départ de l’entreprise dans laquelle j’étais en alternance, et je n’allais donc pas pouvoir faire mon départ comme je le voulais. Alors que j’en parlais à ma patronne, c’est elle qui m’a dit « C’est toi qui choisis de partir ». Je me rappelle du sentiment de révolte que j’avais ressenti, je n’avais pas le choix, si je voulais aller en Master 2, il fallait que je parte un mois avant, je ne pouvais me permettre de manquer deux mois de cours. Et pourtant, j’ai ressenti ça comme un reproche, une sentence.

Alors oui, c’est vrai, celui qui décide de s’en aller dans un autre pays ou dans une ville éloignée choisit souvent son sort, sauf raisons personnelles ou professionnelles. Lorsque j’ai choisi de déménager en Auvergne puis deux ans plus tard, de retourner vivre dans le Nord, personne ne m’a forcée, j’ai décidé toute seule et quelque part, j’ai imposé mon choix. Je peux comprendre la frustration de l’entourage qui n’a pas son mot a dire, qui veut te garder a ses côtés, dans sa vie, dont tu bouleverses le quotidien. L’impression que tu les quittes, qu’ils ne sont pas assez importants, que tu les laisses en plan.

Cependant, ce qu’il me semble aussi important de faire comprendre, c’est que souvent, lorsqu’on s’expatrie / s’excommunie, on ne choisit pas de laisser ses proches. Si on le pouvait, souvent, on les emporterait avec nous et on serait heureux qu’ils nous suivent. On ne choisit pas de les rendre malheureux… on choisit de faire ce qui est nécessaire pour être plus heureux.

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Lorsque je suis partie de Lille, j’étais dans une mauvaise phase, je ne voyais plus personne, j’étais mal, et partir a été un second souffle. Lorsque je suis revenue dans le Nord, je l’ai fait parce que je ne supportais plus d’être dans un tel état de vulnérabilité en Auvergne : j’avais très peu d’amies, de connaissances, je n’avais pas l’équilibre dont j’avais besoin.

A ces deux moments, j’ai entendu ce fameux “c’est toi qui pars”, même au travail, en gros, assume, ne te plains pas. Et plusieurs fois, j’ai ressenti de l’injustice, parce que j’avais de bonnes raisons de faire ces choix. Ce n’était pas une question de ne pas aimer mon entourage, c’était une question d’aller mieux, parfois il faut faire ce genre de choix personnel… et c’est difficile de se sentir quand même un peu coupable de laisser les gens. Pour avoir été des deux côtés, c’est dur de voir l’autre partir et de perdre la relation que l’on entretenait avec lui, d’autant plus quand il s’agit de proches. Mais c’est aussi dur de partir, de laisser derrière soi des personnes, des choses, essentielles pour nous. A chaque fois que j’y pense, je sais que j’ai fait le bon choix en quittant l’Auvergne. Mais je sais aussi que j’aurais toujours le manque de ce que j’ai laissé.

Il y a de l'amour dans cette photo...

Il y a de l’amour dans cette photo…

Aujourd’hui, je dois l’avouer, j’ai toujours envie de bouger. Il y a toujours une partie de moi qui a envie de se casser ailleurs parce que je rêve de nature, de montagnes, d’escapades et que je n’ai pas tout ça ici. Mais je repense aussi aux bouleversements que ça a entraîné et je sais que je n’y suis plus prête, plus comme ça en tout cas, plus toute seule. Alors oui, j’ai choisi de partir. Si j’avais pu choisir aussi que cela ne cause d’ennuis a personne, je l’aurais fait. Mais comme le dit ma soeurette qui m’en a pourtant  beaucoup voulu de partir : autour de toi, les gens construisent leur vie, il faut construire la tienne. Mais il aura fallu quelques années pour que nous soyons de nouveau sur la même longueur d’onde 😉

Pour ceux qui ont été dans la même situation, avez-vous ressenti la même chose de la part de l’entourage ?

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11 Comments

  • Reply Lucie 5 mai 2014 at 20 h 40 min

    J’ai ressentit ça la première fois que je suis partie vivre à l’étranger, quelques reproches, l’impression de ne plus faire partie de la vie des gens (accentué avec l’expatriation suivante). C’est vrai qu’on fait le choix de partir et que ça a des conséquences, mais en même temps je pense qu’il vaut mieux suivre son intuition et partir là où on le souhaite plutôt que de se forcer à avoir l’air heureux là où l’on vient.
    Lucie Articles récents…Une journée à CanterburyMy Profile

  • Reply Silecee 6 mai 2014 at 1 h 22 min

    Je l’ai souvent entendu, moi aussi… Et, oui, je suis persuadée que c’est une façon de te faire mal, de te faire culpabiliser. Mais je trouve ça injuste. Est-ce que quand ils se plaignent, eux, je leur dis : « c’est toi qui choisis de rester » ?
    En tout cas, ne culpabilise pas de bouger. Ca fait partie de ton évolution !
    Silecee Articles récents…[Australie] Wineglass BayMy Profile

    • Reply Amelie - Voyagista 6 mai 2014 at 3 h 35 min

      Toute personne partie vivre à l’étranger a du entendre ça… surtout de mes parents et je les comprends, ce n’est pas facile de ne plus pouvoir voir ceux qu’on aime… Du coup je fais toujours un effort pour bien rester en contact, pour organiser des voyages en famille, pour se réserver des moments spéciaux pour ne pas perdre ces liens précieux malgré la distance
      Amelie – Voyagista Articles récents…Harbin la plus russe des villes chinoisesMy Profile

      • Reply Mali 6 mai 2014 at 9 h 06 min

        Oui tout à fait ! C’est vrai que perso, ce n’est pas parce que je pars que l’amitié n’a plus la même importance, mais c’est dur à préserver.

    • Reply Mali 6 mai 2014 at 9 h 05 min

      Est-ce que quand ils se plaignent, eux, je leur dis : « c’est toi qui choisis de rester » ?

      Lol, c’est vrai, je n’y ai jamais pensé (et ça ne me serait jamais venu à l’esprit^^), et ça me rassure presque de savoir que je ne suis pas seule à avoir trouvé ça injuste, même si tout ça est un peu derrière moi, justement c’est super éprouvant qd t’es en plein dedans

  • Reply Laurence - Le Fil de Lau 6 mai 2014 at 20 h 22 min

    J’ai entendu ça aussi.
    Ca sonnait comme un reproche. Tant pis.
    Laurence – Le Fil de Lau Articles récents…Dans mon smartphone, en avrilMy Profile

  • Reply chloé 9 mai 2014 at 19 h 13 min

    Je n’ai pas été dans ta situation, mais je comprends le côté blessant de ce type de phrases… Jamais d’ailleurs cela ne me viendrait à l’esprit de dire ça… j’ai des amies qui ont du s’éloigner pour x ou y raison, parfois par choix, mais j’étais là dans leurs coups de déprime pour les consoler…
    chloé Articles récents…Agüimes, joli témoignage de l’architecture canarienneMy Profile

    • Reply Mali 12 mai 2014 at 10 h 44 min

      Après je pense que souvent ce n’est pas « fait exprès ». Fin tu vois c’est un ressenti, une rancoeur, et même si les personnes continuent d’être là, il y a toujours le spectre du « c’est de ta faute » derrière en cas de coup dur. Après, je pense que ça touche aussi davantage quand il s’agit d’amies proches, j’avais lu un article à ce sujet, sur les amitiés à distance, et je me rends compte que oui, je pense qu’on peut garder de bonnes amitiés à distance, mais quand il s’agit de relations très proches, quelque chose change forcément :/

  • Reply EnvieVoyages 9 mai 2014 at 22 h 19 min

    J’avoue comprendre la personne qui s’expatrie mais également ceux qui restent. Dans les deux cas, ça doit être difficile a entendre/a dire…

    Bel article!
    EnvieVoyages Articles récents…Le Patrimoine de l’UNESCO au gré de mes voyagesMy Profile

    • Reply Mali 12 mai 2014 at 10 h 42 min

      Merci, oui, je pense que ce n’est facile pour personne de toute façon ces choses-là et que parfois il est dur de taire sa « rancœur » 😉

  • Reply Tiphanya 12 mai 2014 at 13 h 30 min

    Pas cette phrase, mais le reproche d’oser éloigner ma fille de ses grands-parents (que nous ne voyons presque jamais).
    C’est une phrase très égoïste, on nous reproche de ne pas penser aux autres. Peu de personne se dise que nous avons le droit de penser à notre bonheur/équilibre personnel.
    En tout cas cela ne m’a jamais empêché de partir.
    Par contre, il y a quelques temps j’étais lassée de partir seule, car tu pars avec des reproches dans la voix des autres (même si c’est juste « tu es inconsciente, tu devrais travailler plus ») et à ton retour tu ne partages avec personne car tout le monde s’en fout. Au moins là, je peux regarder les photos avec ma fille, me souvenir de telle ou telle aventure avec mon chéri. le monde s’en fout, mais on est trois pour partager et c’est suffisant.
    Tiphanya Articles récents…Budget voyage d’avril : la Grande-BretagneMy Profile

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